Rude hiver 1788-1789 au Ban-de-la-Roche

Aux temps de l’Ancien Régime, temps où les pasteurs et curés tenaient les registres qui marquaient aux yeux de la société les trois moments-clés de notre existence (naissance, mariage, décès), il était courant de mentionner des circonstances particulières et d’autres remarques – parfois d’ordre moral qui avaient un intérêt particulier aux yeux du rédacteur de l’acte. Voici quelques extraits qui nous révèlent les moments difficiles et les épreuves vécus par nos ancêtres durant l’hiver 1788-1789.

Le 31 décembre 1788, naît Louis Samuel, fils d’André VERLY, bourgeois de Neuviller, charpentier, et de Catherine Kommer. Celui-ci est baptisé le lendemain, premier janvier 1789 et voici ce qu’en dit le pasteur Chétien Brion :

« Le baptême se fit en la maison de l’ancien dudit village, l’extrême rigueur ne permettant point qu’on le porte à l’église ; – savoir la rigueur du froid. »

On trouve à peu de choses près les mêmes propos sur l’acte de baptême précédent, celui de Sara Catherine GANIERE, fille de Jean Michel, cloutier et bourgeois de Neuviller et de Catherine MALAISE.

« … a reçu le saint sacrement du baptême, jeudi le premier janvier, l’an mille sept cent quatre vingt neuf, à deux heures après midi, dans la maison de l’ancien d’église puisque le froid ne permettait point de l’exposer longtemps à son extrême rigueur. »

1789. Nous sommes à la veille d’un événement marquant de notre histoire de France. Si de grands événements peuvent s’expliquer par un échec à gouverner d’un pouvoir, par un climat social et politique difficiles, on sait depuis longtemps que la situation économique est un levier déclencheur souvent décisif. Or, l’économie ne dépend pas que de décisions humaines. Le climat météorologique joue sa partie décuplée dans ces périodes anciennes où les récoltes dépendaient pieds et poings liés du bon vouloir des saisons. Les années 1780 furent exécrables et entraînèrent souvent la disette. Citons une éruption volcanique importante en Islande en 1783, des successions de saisons où les récoltes furent malmenées voire anéanties années après années. L’été 1788, un énorme orage de grêle a dévasté tout sur son passage. L’hiver 1788-1789 a connu 65 jours consécutifs de grand froid depuis le 26 novembre 1788. L’Alsace a connu des températures descendant en-dessous de – 20°. Pour ne pas m’étendre, voici un site donnant quelques détails sur le climat de notre région au cours des siècles : association CLI.M.A 57-67-68.

J’aimerais terminer cet article sur une note optimiste mais ce ne sera pas le cas. Voici ce qui arriva à Wildersbach, village voisin et faisant partie de la même communauté paroissiale au mois de mars, à la fin du mois de janvier, le 26 précisément :

Théophile et Marie Madeleine HISLER, âgés lui de deux ans et elle de trois mois sont morts dans l’effondrement de la maison de leurs parents, Jean Jacques Hisler, tisserand et Madeleine SOLLEDER. Leur mort « fut causée par une chute d’eau, de terre, de glace et de neige qui a renversé le domicile de leur père ».

Certes, on peut supposer que cette maison fut emportée par un glissement de terrain dans un village où le creusement de galeries minières souterraines avait pu fragiliser l’assise du bâtiment mais n’oublions pas que les maisons du Ban-de-la-Roche aux murs épais sont de granit et bâties sur le roc et cela montre le déchaînement des éléments extérieurs cet hiver-là, associé à des températures extrêmes. Il est possible aussi que la maison ait été vétuste. Le gel intense avait dû fortement fragiliser le sol et les murs.

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