A la Haute-Goutte, dans les années 1840, les Ganière ont décidé de partir tenter leur chance dans le Nouveau Monde. Visiblement, cela ne concernait pas une seule famille au sens restreint du terme tel que nous l’entendrions actuellement. Le couple Samuel Ganière – Marie Salomé Pente, marié à Neuviller en 1833, pense aussi à partir. Samuel est le frère de Louise, mère de John Ganière, autre famille émigrée.
Un départ prudent ?
Le couple a sept enfants connus : Jean-George (1833-1900), Suzanne (1834-), Charles (1836-1921), Jean David (1839-1842), Eugène (1841-1947), Frédérique (1843-1942), Marie Louise (1844-1915). Les dates sont importantes pour mener une petite enquête.
Le père, Samuel déclare les naissances et les décès de ses enfants à Neuviller jusqu’à la petite dernière en 1844. En 1847, le décès d’Eugène est déclaré par son parrain et oncle (par alliance) Chrétien Marchal. Le décès a eu lieu dans la maison de Chrétien Marchal.
Une fille du couple, Suzanne, se marie à Neuviller le 25 octobre 1856 avec David Charles Yoeslé et établira une descendance à Neuviller. A ce mariage, le Juge de Paix de Schirmeck établit un acte de notoriété indiquant que le père, Samuel est sans domicile connu mais la mère, Marie Salomé est présente.
Deux derniers éléments :
-On sait qu’un certain Samuel Ganière est arrivé à l’âge de 30 ans aux Etats-Unis, en 1844, sur le Burgandy, en provenance de France.

- Et on sait aussi que Jean George, le fils aîné du couple s’est marié aux Etats-Unis le 15 janvier 1856, même année que sa sœur restée à Neuviller.
Qu’en déduire ? Le père serait probablement parti en éclaireur. Accompagné de ses enfants ? Tous sont allés s’établir aux Etats-Unis sauf Suzanne. On ne sait pas ce qu’est devenue Marie Salomé Pente. A-t-elle rejoint sa famille ? A-t-elle fait le choix de rester vivre sur sa terre natale en gardant près d’elle sa fille aînée ? Les autres enfants du couple, Jean George, Charles, Frédérique, Marie Louise feront leur vie aux Etats-Unis.
Charles : un engagement volontaire dans sa nouvelle patrie
Charles Ganière est le cousin de John Ganière. Les voici tous deux prêts à s’engager dans une nouvelle vie. Charles s’engagera volontaire comme soldat lors de la guerre civile, plus connue dans nos livres d’histoire comme Guerre de Sécession.
Pour mémoire, la Guerre de Sécession (1861 – 1865) opposa les Etats de l’Union restés fidèles au Président Lincoln aux Etats Confédérés ayant fait sécession. L’enjeu était, doit-on le rappeler, l’abolition de l’esclavage. Il était aussi un enjeu économique et social entre les Etats du Nord de plus en plus industrialisés et demandeurs d’une main-d’œuvre ouvrière et les Etats du Sud restés agricoles et se reposant sur une main d’œuvre peu onéreuse par l’emploi d’esclaves. Au-delà du problème moral évident à nos yeux, deux choix de société fondamentaux s’affrontaient. Doit-on rappeler que, dans les faits, toute l’histoire contemporaine des Etats-Unis reste profondément marquée par ces antagonismes ? Doit-on rappeler que cette guerre eut le plus grand coût en vies humaines de l’histoire des Etats-Unis ? Rajoutons qu’avec la Guerre de Crimée, elle marqua le basculement des techniques de guerre entre les conflits de type napoléonien et les futurs conflits armés dont la Première Guerre Mondiale.
Voici ce que Le site de Pierre Ganière nous apprend au sujet de Charles :

« Charles a les yeux bleus/gris. Il mesure 5 pieds et 7 pouces (soit 1 mètre 70 cm ).
Charles s’est engagé volontaire le 14 août 1862 à la 9ème Compagnie au 88ème d’Infanterie des Volontaires en Illinois (commandée par le Colonel Frank SHERMAN) durant la Guerre de Sécession sous le matricule n°1182638. Il a été libéré de son service militaire le 9 juin 1865. A été prisonnier de guerre pendant plus de 18 mois à la bataille de Chicamagua du 9 au 20 septembre 1863. A souffert suite à son incarcération à Dannville, Libby et Andersonville de scorbut, d’asthme, de rhumatisme et de paralysie du côté droit. Son numéro de Pensionné de guerre est le 588945. A été reconnu comme invalide le 9 août 1890. »
Voici un lien vers un document confirmant l’emprisonnement de Charles Ganière à Andersonville .
Charles fut marié le 21 octobre 1866 à Sophia Forster par le révérend E. Keuchen Stiner STREHLOW en l’église allemande luthérienne.
On possède une photo du couple au cinquantième anniversaire de son mariage.
Voilà donc un autre natif de Neuviller, de la famille Ganière, engagé avec conviction – supposons-le par son engagement volontaire – dans une lutte qui vise l’abolition de l’esclavage. Un prochain article donnera quelques indices encore de l’adhésion des familles Ganière de la Haute Goutte aux convictions du Président Lincoln.